Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

PANTIN

par ANNICK DURAND

publié dans SOCIETE

PANTIN

Elle est partie un certain froid lundi de janvier, en claquant  la porte sans prendre ni ses clés, ses meubles et ses souvenirs. Dans sa tête jonglaient les oui, les non et les soupirs. Sans avoir vraiment décidé, sur la feuille elle a signé. Elle se sentait comme un cerf traqué en pleine forêt. Quelques pertes de mémoire et ce fut le bon alibi. Incapable de se battre, elle, si vaillante, devint confetti à lancer, à balancer, à froisser. Papillon monarque incapturable, elle se retrouve au milieu d’équilibristes scrutant l’horizon embrumé pour retrouver leurs mots et leur passé. Comme une enfant, elle a crié je ne veux pas y aller, je vais crever là-bas mais, en échos,  sa famille lui répétait on s’occupera de toi, on s’occupera de toi, nous avons bien choisi, c’est joli là-bas, là-bas, là-bas. Loin d’être au Club Méd’ ou en colonies de vacances mais de démence, pour quelques-uns, en sanglotant elle dit être devenue un énième pantin entourée de plusieurs « Gepetto » qui  tirent les  ficelles. Celle de droite dirige vers la salle à manger, celle de gauche vers les activités, découpages, loto, chant, gymnastique. Elle a trouvé, seule, un autre jeu, celui où on fuit crapule et grand coquin qui l’on amenée jusqu’ici et cherche la fée bleue qui ne fait pas régresser. Vers 18h00, elle essaie de ne pas ouvrir la porte de sa chambre à ses angoisses. Elle s’occupe en lançant de nombreux  S.O.S.  à ses anciennes voisines et amies qui n’ont guère de solutions pour la délivrer de la prison dorée. Les films d’horreurs remplacent les contes faits pour enfants sages chez les personnes âgées abandonnées. Ceux qui, sans être prêts, n’ont choisi ni le moment, ni le lieu et n’arrivent pas à comprendre pourquoi ils finissent démunis de tous et de tout. Seul un titre tourne dans leur tête,  comme un 78 tours des années 40,  « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela ? ». Lors de ses appels téléphoniques, elle jette des phrases nées de ses longues et solitaires réflexions « il y’a bien des familles d’accueil pour les enfants et pourquoi pas des familles d’accueil pour les vieillards délaissés. Hélas, la  S.P.A. (Société Protectrice des Anciens) n’est pas encore créée. Après le désespoir, la rage et même la méchanceté jaillissent aussi brûlantes et dévastatrices que la larve d’un volcan. Elle insulte ses enfants sur répondeurs, elle pense au pire, tout est négatif. Les pensionnaires de l’Etablissement, qui pour beaucoup ont « la main dans le chapeau », lui sont insupportables ! Demain, ce sera peut-être elle l’handicapée mais elle ne peut songer à une telle éventualité même à 87 ans. Elle tente tout pour sortir de son enfer ! Aujourd’hui, avec ses vêtements étiquetés elle n’est pas en colo mais en solo.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

La Fée 19/10/2016 12:06

Comme toujours tout est très bien vu .
Ton texte , hélas , pour certains c'est le choix d'une vie pour l'autre , pour son bien ou pour le leur !