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Se dire et dire

par ANNICK DURAND

publié dans AMOUR

Se dire et dire

Tu te sens seule et pourtant deux, sans cette passion, point d’horizon. Depuis longtemps, tes pinceaux peignent des sentiments d’une couleur qui n’est pas celle des vrais amants. Partout, tu te mens. Enfant, déjà, tes vêtements, tes jouets, tes sports proposés n’étaient pas ceux dont tu rêvais. Ton portrait, ta vie d’adolescente, un peu trop vite tracés t’étourdissaient sans comprendre. Ton cœur battait très vite, ralentissait, et de peur qu’il ne s’arrête, tu préférais fuir pour qu’il reprenne un rythme normal jusqu’à la prochaine rencontre. Les années ont passé, tes paroles sont devenues codées pour toi, tes gestes bien étudiés pour les autres, jamais de débordements qui auraient pu… ne rien faire croire du reste ! Puis, un jour de grand soleil, dans ta ville, le chapiteau d’un cirque de passage s’est refermé, les animaux se sont tuent, les artistes dans leurs caravanes sont partis, le spectacle a continué ailleurs. Tu me fais penser à ce clown, trop maquillé, trop gai, trop triste, trop professionnel, trop tout pour les autres. Il est temps, tu as raison, de sortir des projecteurs, de quitter tes paillettes, de laisser s’envoler les non-dits. Ton visage ne doit plus rien cacher. Souris, plaisante, regarde, affronte la réalité. Aime à agacer ton âme. Les cloches tinteront et feront oublier que cet amour, est pour certains, source de péchés. Mets des lunettes roses pour voir la vie comme tu la veux, jolie à ton idée ! Laisse ta muse te déshabiller les yeux pour presser ta tête contre son sein et t’aimer de tous ses sens. Caresse-là, parle-lui, embrasse-là, encore et encore, découvre son corps, ses désirs et tes plaisirs, vit et partage ces instants tous plus forts. Hier, elle, seule, te rassurait, toi qui ne savais à qui parler de Vous. Aujourd’hui, tu as enfin choisi ton destin, tu acceptes d’être plus préoccupée par les formes du corps d’une femme que par les muscles et la barbe virile d’un beau jeune homme. Tu te sens prête à sortir de ton placard bien capitonné, dehors ta famille et tes amis t’attendent. Protège-toi de leurs mots ou enveloppe-toi de leur compréhension. Une dernière fois, je me parle dans ce miroir mais ne cache plus aux autres que je suis habitée du bonheur de cette femme qui m’aime et qui fait vivre mon cœur.

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